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Accord
Sénégalo-américain : Une faute politique et
diplomatique
L'histoire de
la relation du Sénégal à la Cour Pénale
Internationale vient de connaître un épilogue qui représente
la déception la plus profonde ressentie par les ONG africaines
et internationales avec la signature de l'accord bilatéral
entre le Sénégal et les USA et qui confère
l'impunité aux citoyens américains auteurs de crime
de guerre, de génocide et de crime contre l'humanité.
Pour bien comprendre cette régression de la diplomatie sénégalaise,
il est bon de relater l'implication du Sénégal dans
le processus de la CPI.
Le Sénégal faisait déjà partie des 60
Etats pilotes (Like minded countries). Le projet de la CPI a été
laborieusement élaboré lors des réunions du
prép-com organisées entre 1996 et 1998 aboutissant
à la production d'un document composé de 11 parties,
116 articles et comportant près de 2500 crochets représentants
autant de litiges à négocier lors de la conférence
diplomatique de Rome.
Le rôle
de Dakar et du Sénégal (Dakar et les pays de la SADEC,
Communauté des Etats de l'Afrique Australe) .
En Septembre 1997, les pays de la SADEC adoptent une résolution
en dix points pour le renforcement de la CPI. En février,
lors de la conférence de la Zone Afrique pour la CPI organisée
conjointement par le gouvernement du Sénégal et l'ONG
Internationale No Peace Without Justice de la Commissaire européenne
Mme Emma Bonino avec le soutien du financier Georges Sorros et Open
Society Institute, la déclaration de Dakar est adoptée.
Depuis lors, le Sénégal n'a cessé de jouer
un rôle central dans le processus de formation et de mise
en uvre de la CPI.
A Rome, en juin 1998, la délégation de Dakar dirigée
par Jacques Baudin et composée d'éminents juristes
dont Doudou Thiam qui a été rapporteur pendant plus
de 10 ans à la Commission de Droit International des Nations
Unies (CDI) où l'on a élaboré le draft de la
CPI, de la diplomate Maïmouna Diop et de Doudou Ndir, a joué
un rôle fondamental au sein du groupe africain et du groupe
des Etats francophones.
En octobre 1998, la RADDHO rencontre l'ancien premier ministre Mamadou
Lamine Loum pour lui expliquer les enjeux de la CPI et le rôle
pilote que le Sénégal doit y jouer. Ce dernier a immédiatement
saisi le Secrétaire Général du gouvernement,
à l'époque M. Ousmane Ndiaye pour lui demander d'inscrire
à l'ordre du jour du prochain conseil des Ministres la question
de la ratification par le Sénégal du Statut de la
CPI. La procédure aboutit à la ratification du traité
de Rome en février 1999. Acte qui a suscité la réaction
enthousiaste de toutes les ONG internationales qui donnèrent
un prix au Sénégal. Nous avons eu l'insigne privilège
de tenir ce prix, avec M. Jacques Baudin alors Ministre des Affaires
Etrangères, des mains de M. William Bill Pace (Président
du World Federalist Movement) Coordonnateur de la Coalition internationale
des ONG pour la CPI. Cet événement s'est passé
devant plusieurs diplomates accrédités à New
York au siège de la CICC en 1999.
Mieux, le Sénégal
est parmi les rares pays africains à avoir été
impliqué très tôt au processus de construction
d'une justice Pénale internationale par la présence
active de juristes sénégalais dans le système
des Nation Unies. Ainsi, Doudou Thiam ancien Ministre des Affaires
Etrangères a siégé à la CDI en tant
que Rapporteur de la CPI de 1982 à sa mort en 1999.
Bien avant tout
cela, après l'adoption de la Convention contre l'Apartheid
en 1973, on avait prévu la création d'un organe de
mise en uvre de la répression de ce crime. Et le juge
Kéba Mbaye, ancien membre de la Cour Internationale de la
Haye et ancien Président de la Cour Suprême et du Conseil
Constitutionnel du Sénégal était responsable
de la Commission des Nations Unies sur l'Apartheid. Il avait demandé
à M. Chérif Bassiouni (qui a élaboré
le draft de la CPI) d'élaborer un projet qui deviendra plus
tard la toute première esquisse de ce qui va devenir le premier
draft de la CPI.
Plus tard, dans
l'affaire Pinochet, le premier rapporteur des Nations Unies sur
le Chili, est le juge sénégalais Abdoulaye Dièye
(aujourd'hui décédé) ancien Secrétaire
de la Cour Suprême et bien connu des Chiliens qui n'arrêtent
pas de lui rendre hommage. Le meilleur hommage qu'il a reçu
vient de l'avocat Me Roberto Garreton lors d'un séminaire
organisé par la RADDHO et le Service International en Octobre
1999.
C'est le juge
Laîty Kama qui a été nommé le premier
Président du Tribunal Pénal International (TPI) sur
le Rwanda après avoir été membre du Comité
des Nations Unies sur la détention arbitraire. Il est aujourd'hui
remplacé à ce poste par la juge et ancienne présidente
de la Cour de Cassation, Madame Andrésia Vaz. Faut-il souligner
de plus que notre compatriote Adama Dieng ancien Secrétaire
Général de la CIJ est aujourd'hui le greffier de ce
tribunal.
De plus l'actuel président de la Cour de Cassation, le Juge
Guibril Camara fait partie des dix experts du Comité des
Nations Unies contre la torture dont il assure la vice présidence.
Il est redondant de réaffirmer le rôle leader joué
au plan régional et international par le Sénégal
dans le processus de construction de la CPI, remis en question par
le gouvernement de l'alternance qui, sur la question de la CPI a
pratiquement jeté par dessus bord ces acquis fondamentaux.
Tout d'abord, après l'Afrique du Sud qui est le premier pays
a avoir adopté la loi d'application pour la mise en uvre
des dispositions de la CPI, tout le monde attendait le Sénégal
en raison de son rôle leader et surtout en raison du soutien
des ONG comme Lawyers Committee for Human Rights, Amnesty International,
Interights, ONDH, RADDHO, FIDH qui tous ont fait des recommandations
pour l'harmonisation de la CPI. Aujourd'hui encore nous attendons
la mise en uvre de ces précieuses recommandations.
Ensuite, c'est presque un exploit dans le sens le plus négatif
du terme que le Sénégal n'ait pas eu un juge à
la CPI au regard des compétences en matière juridiques
que compte ce pays parce qu'on n'a pas respecté la procédure
d'appel d'offre qui aurait dû être présentée
aux barreaux, dans les tribunaux et à l'université.
On s'est trouvé dans la situation inédite où
les ONG internationales ont fait campagne contre la candidature
du Sénégal après nous avoir considéré
comme une référence au plan international..
Last but not least, la signature de cet accord bilatéral
qui constitue une faute à la fois politique et diplomatique
qui va durablement affecter l'image du Sénégal en
Afrique et dans le monde.
Il est encore
possible de sauver la situation :
- les parlementaires
sénégalais doivent absolument refuser de ratifier
ce traité pour sauver ce qui peut encore l'être de
l'honneur du Sénégal ;
- les Organisations de la société civile, les partis
politiques, les syndicats, les organisations féminines et
les jeunes doivent agir pour éviter la ratification de cet
accord.
Il y va de l'honneur
et de l'image du Sénégal dans le monde.
Alioune
TINE
Secrétaire Général RADDHO
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